lundi 27 juillet 2020

L'émerveillement... Lettre 2

Ami,

Je t’écris d’un soir barbouillé d’orages qui tournent en grognant et soupirant autour des murs.
Devant moi, un rideau de pluie qui m’a obligée à reculer la table, de grands arbres bousculés par les rafales et la voix tranquille du carillon en contrepoint au chant des gouttières.
Je pensais à toi et à cette question un peu agacée que l’on m’a posée : « l’œil émerveillé… comment peux-tu dire ça ? Tu as vu comment va ce monde ? »

Oui, je le vois. Je l’entends. Je le sais qui s’use sur les pierres du causse, qui grince et se plaint…
Alors, je pose la paix dessus, doucement, je caresse son visage blessé, je lui raconte sa beauté, celle de l’humanité qui craint pour sa vie, douloureuse et fébrile, et celle de notre terre généreuse à n’en plus pouvoir…

Regarde :
...une femme, noble Reine de Saba assise à la caisse d’un supermarché, éclatante de splendeur et de grâce... 
...une grand-mère qui marche au pas d'un tout petit enfant, leurs mains unies enchantant la vie...
...et puis, un jour de septembre,  cette autre femme qui   traversa la place comme un croiseur, son vaste corps voilé de bleu-nuit ...
...demain    un très jeune homme essuiera  les larmes de sa compagne avec une tendre maladresse...

Tant de fragile beauté croisée au détour de nos vies...

Bien sûr, ce monde est en souffrance, en douleurs d’enfantement peut-être, il tourne et retourne comme l’orage sur le causse, mais quelle lumière, quels éclairs de génie ou de douceurs, quels parfums se déploient sans que l'on ne lui en rende le compte, comme au crépuscule s’élève le sucré des lys et du chèvrefeuille, ou la plénitude du tilleul en fleurs.

Avec, ce soir,  parfaite, l’odeur de l’eau.

L’émerveillement demande juste une pause, comme une virgule, au creux de nos vies.
Rien de plus… et le monde peut reconnaître enfin sa lumière en nous et se découvrir aimé.
Il en a grand besoin. Non ?

Ami, la nuit tombe, l’orage hésite à l’aplomb des vallées.

Tu t’éloignes avec lui… 

Soir d'orage avec chat !



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