vendredi 14 août 2020

Lettre 3, l'enfance...


Ami-e,


Aujourd’hui, j’ai envie de te parler de Soleil. Tu la connais peut-être, elle marche parfois dans mes contes…

Soleil, c’est une enfance rêveuse, un coin de ciel toujours bleu que nous cachons souvent comme une honte… Le monde n’a que faire de l’enfance, il la presse et la broie, il faut grandir, il faut être fort et, pourtant l’âge nous ramène à notre vérité : nous retombons en enfance… Il était temps, ami-e ! et ça n’est pas une chute, mais de belles retrouvailles !
Alors ce soir Soleil s’est invitée…

Le ciel  est soyeux, tout grisé de nuages. Il souffle sur le causse un vent de fraîcheur. L’orage a réveillé le bruissement des feuilles, a lavé la pierre et peint des ruisseaux ourlés de terre sombre. L’horizon étire ce bleu céruléen tant aimé des enlumineurs. Le silence est parfait, non pas absence, mais présence vivante. Un silence bruissant peut-être, plein et doux.
  
Soleil est assise là, sur les marches de pierre ocre. Elle écoute. Elle goûte le soir, lève les yeux vers toi, sourit…

Elle est notre enfance, la tienne, la mienne, qui porte en elle toute la sagesse du monde et tant de légèreté : elle est notre aujourd’hui…
Son regard est limpide, trop pur pour dévisager la haine.
Lavé de tant de larmes que nous avons cachées au-dedans de nous-mêmes.
Innocent.

Soleil sourit encore avec un peu de tristesse, elle sait l’innocence, mais elle sait aussi combien tu l’as mal traitée… Combien nous nous sommes maltraités à nous vouloir solides comme des rocs, nous qui sommes faits pour danser dans la brise et épouser la vie.

Innocente… Qui ne nuit pas…

Elle pose sur tes yeux, sur ton cœur la douceur de ses mains. Elle touche délicatement ton visage, le réinvente, lui redonne sa beauté…
Réordonne les mèches blanches, les boucles sombres, les rides comme le galbe des joues, les lèvres pleines ou pincées, avec la même tendresse : c’est son visage qu’elle caresse ainsi dans tous les visages de la terre, c’est son coeur qu’elle console à petits mots, à petits chants, ce sont ses mains qu’elle prend et embrasse doucement.

Soleil est venue ce soir pour guérir ta peine… Pour que tu la redécouvres en toi toute touchée de lumière, inaltérée…


Elle est venue déjà, elle a fait gonfler ton cœur de larmes et de solitude, tu le sais bien, mais tu as dit fermement, non, je suis fort… je suis forte. Comme le roc. Et tu es reparti dans ta vie avec courage, sans voir qu’elle te tenait la main.

Amis, retombons en enfance. Il est temps.

Nous l’avions oubliée, nous avions pour beaucoup laissé nos rêves en les pensant inaccessibles, peut-être nous l’avait-on dit, je ne sais pas, peut-être les avons-nous liés de formes, enfermés dans nos idéaux en oubliant que la vie peut leur offrir mille visages, ou les avons-nous vus saccagés par d’impitoyables ennemis… Peut-être avons-nous été complices de ces errements… notre propre ennemi…

Soleil a levé des yeux immenses comme le ciel, de grands oiseaux les traversent, ses cheveux de cendre se tissent avec la brise.
 La nuit se pose sur le causse.
Et je te prends la main, ami ; amie, je t’invite, la porte est grande ouverte et Soleil est là, simple, vraie, au fond de toi.

Que tes rêves soient beaux…



Soleil, une enfance rêveuse, et Mozart, discrètement...
Version audio








Aucun commentaire:

Publier un commentaire