jeudi 13 août 2020

Une lettre à poster...


Amie,


Cet été est étouffant. Les nuits ne savent plus fraîchir, le causse craque sous le pas comme paquet de biscottes, et les grillons eux-mêmes suffoquent. Les arbres commencent à peiner.
Les combes se taisent.
Il n’y a que le bassin qui enchante les oiseaux jusqu’aux heures chaudes… c’est-à-dire jusqu'au moment où le soleil vient toucher l’eau : les poissons disparaissent alors dans les profondeurs.

Ce matin, à l’heure des oiseaux, je suis allée poster une lettre et j’ai croisé, dans le désordre, deux écureuils, une Ferrari, un jeune chevreuil, une belle jeune femme, et un vrai cycliste.
Je dis un vrai cycliste, parce qu’il n’y a pas comparaison possible entre ce vigoureux jeune homme faisant jouer de superbes cuisses de bronze lustrées de sueur, et moi-même, tee-shirt au vent et jean roulé aux chevilles, coquettement coiffée d’un casque à trous et… solidement assistée d’une batterie bien chargée.
Rien à voir.
Nous avons échangé un salut cordial, heureux de partager la route et légèrement moqueurs : bel instant d’humour, de complicité… et d’autodérision !

Un peu plus tard, le chevreuil attendait dans une combelle encore fraîche. Il m’a regardé en souriant de son beau sourire de chevreuil, puis a traversé devant moi sans se presser.
Et là tu penses que j’exagère…
Eh bien non : le sourire d’un chevreuil s’accompagne d’étincelles dans le regard, d’une douce humidité du mufle et d’un geste amical de la tête. Mon ami Norbert Lechevreuil, de son nom complet, me salue ainsi quand il traverse la cour au petit jour…

Ma lettre est postée, le village dort encore un peu, une femme sort de la boulangerie avec un sac de croissants, une longue tresse blanche se balance dans son dos, une Ferrari me dépasse en feulant, le soleil hésite encore derrière le couvent, une jeune femme traverse devant moi… elle a la grâce d’une gazelle et la couleur des sables, je devine sur sa nuque le poids d’un souci ou d’une peine, je ne sais pas ; elle n’a pas vu les écureuils qui s’activent déjà à préparer l’automne…

Ce soir les orages se sont invités, brassant des tourbillons de feuilles brûlées de soleil. Tu les entends peut-être. Il fait chaud, il a plu un peu pour laver la poussière. Trop peu…

Voilà, amie, les rencontres de ce jour. Demain, je te dirai celle d’hier…

Que tes rêves soient beaux !

Un sourire : une heure après l'enregistrement de cette lettre, il s'est mis à tomber des cordes... 
Un grand bienfait pour notre causse !

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