dimanche 10 janvier 2021

Une page blanche...

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Ami-e,

  

Voilà quelque temps que je ne t’ai pas écrit… j’étais occupée ailleurs, à d’autres écritures aussi.

Tu le sais bien, nous écrivons notre vie, avec parfois une saine angoisse de la page blanche : aujourd’hui devrait nous suffire, mais nous devons nous affairer à demain dans le même temps…

 Je fais comme toi, j’écris ma vie chaque jour avec plus ou moins de bonheur, et je prévois demain.

Et puis j’écris des icônes.

Et puis des histoires de saints.

Ça occupe !

 

L’année qui commence est belle comme cette page blanche. Qu’allons-nous écrire ensemble ?

À chacun de se saisir de ce qui lui conviendra… certains gravent la pierre, d’autres effleurent le sable, inventent des haïkus, méditent des koans, taguent les murs désolés de nos villes et font chanter les couleurs… Si nous pouvions offrir, non pas le malaise, mais le beau et le joyeux…

Mais bien sûr nous le pouvons, alors bonne, belle et joyeuse année !

 Ici, l’hiver s’est posé à grand gel. L’arbre aux oiseaux ressemble à une volière, les chats s’étalent autour du poêle, les chèvres se déguisent en mouflons… Il n’y a que ma belle amie Bernoise qui se réjouisse de dormir dehors. Elle m’invite à la promenade avec une prédilection marquée pour les nuits closes, enchantées d’étoiles et, bien sûr, glacées. Et comme j’aime ces heures-là autant qu’elle…

 Mais… et le couvre-feu, me diras-tu ?

 Oui… sur le causse ? à minuit ? à part le dieu Pan et quelques fadets…

 

Je marche dans la trace des chevreuils, me glisse dans la petite combe, j’écoute les hulottes, je me réjouis d’entendre les sangliers, le blaireau qui s’affaire sous les genêvriers…

 Bernoise m’attend, couchée dans l’allée de buis, le bassin gelé reflète les étoiles…

 Mon petit pote Mambo, électrisé par la pleine lune, course les chevreuils. Ceux-ci prennent la chose avec bonne humeur, ils se connaissent si bien !

Ils s’éloignent en trois bonds, se figent, Mambo aussi, oreilles dressées et regard luisant de Garou, riant de toutes ses dents. Chacun attend, une esquive, un faux départ… mon ami Norbert fait voler quelques feuilles d’un pied faussement rageur et c’est Mambo qui fuit en trois bonds, se fige… etc.

La lune les peint en bleu.

La difficulté, c’est de récupérer mon jeune ami avant deux heures du matin !

 

Ami, cette année qui commence est déjà surprenante. Les poules et les oiseaux se sont mis à couver. J’ai un poussin à damier, joli comme Arlequin. Minuscule. Opiniâtre. Bien sûr, j’ai veillé à le garder à l’abri, dans les premiers jours, tout le poulailler s’en est trouvé confiné : c’est à la mode. Il leur a fallu attendre un franc soleil pour retrouver la liberté.

Le ciel est peint à tempera, ce soir. Le soleil s’est laissé glisser sereinement, déclinant un bon plein de douceurs saumonées…

 Le poêle chuchote… le soir épouse l’âme de Purcell.

 Je te quitte ami-e… 

Que tes rêves soient doux.

 


 

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