lundi 25 janvier 2021

Une poule couvait un rat...

Ami-e,

Ce jour est peint à l’encre de chine.

Au petit matin, dix grands corbeaux sont passés en processions.  Ils se sont installés à la cime des chênes pour tenir concile, discrètement, revêtant de tendresse le croquant de leurs chants…
Deux corneilles veillaient sur leur intimité du haut des cèdres.
  
Plus tard sont venues deux amies d’ici, tisane parfumée dans un pot jaune soleil, galette brûlante partagée avec les nouvelles, celles d’hier, ce demain incertain, mais l’aujourd’hui beau comme une estampe…
 

Et, au milieu du jour, une poule couvait un rat…
 
Étrange affaire : cette poulette couve depuis deux semaines, un peu à contre-temps, mais, en ces temps, comment savoir ?  Chaque jour, elle s’éloigne de son nid quelques instants, et j’étais là, avec quelque douceur pour les chèvres.
 
Une anomalie…

 Trois œufs, bien sûr : deux sont d’un beau blanc laiteux, le troisième moucheté d’ocre, mais, lové autour d’eux en écharpe… un jeune rat.
Il m’entend, ouvre un œil, se blottit davantage. Je lui chuchote ma surprise, il me dit le chat qui le suivait, la cachette rêvée, la chaleur si tentante : jamais poulette ne laissera approcher le chat. Il est un peu inquiet peut-être, mais il sait ce que ses parents ont dit : « Elle met un bâton dans le seau pour que nous puissions boire sans risquer la noyade, d’elle tu ne crains rien, mais crains le chat ! »  Il s’en souvient bien, alors il se rendort…
 
Je suis revenue au soir tombant. Le raton était perché sur la barrière des chèvres, il m’a observé un moment, nous avons ri ensemble, il a vu le chat, il s’est glissé sous la poule qui l’accueillait bien volontiers… vous comprenez, il garde les œufs au chaud quand elle s’éloigne…
Il est resté là deux jours. Et puis est reparti.
 
Ami-e, je sens ton incrédulité, et même ton désarroi :
 
Est-ce vrai ?
– Oui.
– Et tu ne l’as pas occis, ce rat ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que nous avons tous besoin de refaire nos forces, nous avons tous besoin de sécurité, lui comme nous. Et puis converser un peu avec lui m’a permis de prévenir ses congénères plus facilement. Il s’est fait messager : « stabilisez votre population, beaux amis, et nous cohabiterons toujours en paix ». Je sais qu’ils ont entendu.
Et puis il y a le chat !
 
Le soir s’est collé aux murs.
Renard traverse la combe.
Le chat ronronne son plaisir en effleurant ma main de ses pattes velours…
La nuit est close…
 
Que tes rêves soient beaux !



 


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